En milieu d'apres-midi, une fois n'est pas coutume, nous debarquons dans le Chinatown de la vieille ville coloniale. La Malasie est un Etat independant... en apparence seulement. En realite, tout ce qui n'appartient pas a Petronas (mais si vous savez, les grandes tours) est detenu par les chinois ; la Malaisie ce sont les dependances de la Republique Populaire.
Malacca, initialement petit village de pecheurs, est passee tour a tour entre les mains d'un prince hindou de Sumatra, des marchands chinois, des portugais, des hollandais, des anglais, puis des malais. Aujourd'hui, la ville est aux mains des touristes... Cela dit Malacca c'est chouette (c'est l'UNESCO qui l'a dit) mais a part quelques restes de colonisation et Chinatowm, il n'y a pas grand chose a voir. Et dans Chinatown, apres quelques balades de nuit dans les ruelles parees de rouge il n'y a pas grand chose a faire... a part manger (et regarder les prolongations de la finale olympique de football feminin). Notre conscience professionnelle d'explorateurs de l'extreme nous pousse donc a soumettre nos estomacs a de nouvelles decouvertes culinaires. Cuiller en main, nous livrons notre premiere bataille avec le cousin malais d'un dessert que nous connaissons bien : l'es cendol. En Indonesie, on le trouvait sous l'aspect d'un jus glace verdatre grouillant d'une mysterieuse garniture flottante assez peu goutue. Ici, on en trouve une dizaine de varietes, ce qui tend a nous faire penser quele cendol est une specialite baba-nyonya (croisement de chinois et de malais) - mais en fait non, c'est javanais, on vient de verifier. Il prend la forme d'une montagne de glace pilee genereusement nappee de sirop et dissimulant un fond de gourmandises diverses : mais, haricots rouges, mangue, vermicelles de riz, cubes de gelatine, durian, etc. Plus desalterant que n'importe quel soda, surtout les sodas malais. On trouve en effet un peu partout des canettes de la marque F&N (du the glace au cappucino en passant par la "limonade" et le jus de fruit), imbuvables et pleines de sucre (encore plus que le coca), probablement introuvables chez nous a cause de ca. Ne reculant devant rien, nous avons egalement tente le Asam Laksa, une soupe au tamarin tres (tres, tres !) acide ou baignent un oeuf, quelques rondelles d'oignon, une crepe spongieuse et d'epais vermicelles de riz, glissants, gelatineux et insipides. Le lac du Kawah Ijen a cote c'etait de la rigolade. Ben a eu le malheur de s'en faire couler sur le bras, ca a brule sa chemise et ronge sa peau. Plus corrosif que du sang d'Alien ! D'apres ce qu'on nous a dit, c'est avec ca que les soldats chinois ont disperse les etudiants place Tian An Men et c'est aussi ce qu'utilisaient les GI au Vietnam quand ils etaient a court d'agent orange. Il parait meme que c'est avec une recette proche de l'Asam Laksa que le Dr Petiot preparait ses bains...
Une rue de Chinatown...
...dans laquelle on trouve un restaurant chinois...
...dans lequel on peut manger de l'es cendol.
Et, quand on n'a pas faim, on peut aussi visiter des temples...